Pourquoi les opérateurs virtuels souhaitent la fusion Bouygues-SFR

INTERVIEW Jacques Bonifay, le président de l’association des MNVNO (NRJ mobile, Virgin mobile,
Afone, Coriolis, Transatel…) se pose en garant de la concurrence.
Jacques Bonifay est également président du directoire du MVNO Transatel. (DR)

 

Quel est le poids aujourd’hui des MVNO en France ?
Dans le dernier observatoire de l’Arcep, la part de marché des MVNO est à 13% et ce chiffre est
quasiment stable depuis l’arrivée de Free mobile, il y a deux ans. Ces opérateurs virtuels sont nés
dans la suite de la condamnation du cartel du mobile, en 2005, et ont beaucoup progressé dans les
années précédant l’arrivée de Free.

Que changerait pour vous le retour à trois grands opérateurs, si Bouygues Telecom parvient à
fusionner avec SFR ?
Ce regroupement pourrait être une chose une positive si l’Autorité de la concurrence fait en sorte que
nous ne revenions pas à l’ancien régime. Les prix vont sans doute monter, comme ça a été le cas
dans le fixe, où on est passé progressivement du 29,99 euros pour le triple play, inventé par Free, à
34 euros avec des marges très confortables. Mais les MVNO peuvent devenir les garants pour les
clients, entreprises ou consommateurs, que les prix ne montent pas trop et que les services soient
innovants. Tout est une question d’équilibre.

Que doit, selon vous, exiger l’Autorité de la concurrence ?
Il devra demander à ce nouveau géant de se montrer plus accueillant envers les MVNO, notamment
sur la 4G. Les licences qu’ils ont obtenues prévoyaient qu’ils leur ouvrent un accès à leur réseau. cela
n’a pas été complètement respecté. Sans doute les pouvoirs publics ont-ils jugé que les opérateurs
avaient suffisamment de difficultés comme cela et n’ont pas voulu leur imposer plus de concurrence.
Il faudra que le nouvel ensemble s’engage sur des conditions tarifaires et techniques très précises,
comme cela a été fait en Autriche.
Quant à Free, s’il rachète une partie du spectre de Bouygues Telecom, il devra en faire autant.
Aujourd’hui Free ne fait aucun effort pour accueillir les MVNO. L’accord d’itinérance avec Orange lui
interdit en effet de revendre ce trafic mais il est clair que ce n’est pas dans les gènes de Free de faire
de la vente en gros avec les MVNO. Il faudra donc que Free développe cette offre.

Que peuvent apporter les MVNO aux consommateurs ?
Ils sont porteurs d’innovation : Virgin mobile sur les prix, les ethniques comme Lebara proposent des
offres agressives pour les communautés étrangères, NRJ mobile, filiale du Crédit Mutuel, songe à
rentrer dans le paiement mobile, les groupes de distribution pourraient lier des forfaits avec leurs
systèmes de fidélisation… Chez Transatel, nous développons des offres pour les professionnels qui
voyagent et les frontaliers. D’autres encore réfléchissent aux objets connectés. Il existe une multitude
de besoins spécialisés qui pourraient être mieux servis.

Jean-Baptiste Diebold

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source :

challenges.fr