Double SIM et eSIM sur iPhone : double expérience à l’étranger avec Free Mobile et Ubigi

Stéphane Moussie | 04/09/2019 à 20:30
Les grandes vacances qui viennent — malheureusement — de se terminer ont été pour nous l’occasion de tester sur le terrain une nouvelle capacité des iPhone XS, XS Max et XR : la double SIM.

Le duo nano-SIM + eSIM a plusieurs intérêts, comme l’a montré notre appel à témoins sur le sujet. Il sert notamment aux personnes voulant avoir à la fois leur ligne perso et leur ligne pro sur le même iPhone. Il sert aussi à seconder son forfait principal par un forfait plus adapté au pays que l’on visite pendant ses vacances.

C’est ce que nous avons expérimenté sur iPhone XS avec deux approches différentes. La première, c’est le transfert du forfait principal Sosh sur l’eSIM puis l’ajout d’une nano-SIM Free Mobile pour un voyage aux États-Unis. La seconde, pour une escapade au Japon, c’est la souscription à un forfait eSIM auprès de l’opérateur international Ubigi, pour suppléer le forfait principal Sosh sur nano-SIM.

Dans un cas comme dans l’autre, la double SIM évite le remplacement de la carte nano-SIM à l’intérieur de l’iPhone et permet de garder sa ligne principale accessible (sans forcément la laisser activée, au risque de payer des frais élevés à l’étranger).

Florian à New York : Sosh en eSIM, Free en roaming

Partant à New York, mais utilisant un forfait Sosh qui n’inclut pas cette destination, j’ai d’abord transformé ma SIM Sosh en eSIM. Puis j’ai pris un forfait chez Free Mobile, celui à 20 € comprenant 25 Go à l’étranger, dont la carte SIM a pris la place de celle de Sosh.

de celle de Sosh.

Les deux lignes actives, en haut celle sélectionnée par défaut.

J’aurais pu choisir un forfait SFR mais nous avions déjà, sur l’un des iPhone de la famille, le forfait RED incluant l’Amérique du Nord. L’idée était de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. À l’abonnement chez Free — que je n’ai conservé qu’un mois — il a fallu ajouter 10 € que Sosh réclame pour basculer le forfait vers l’eSIM.

Transformer la SIM en eSIM

La désactivation de la SIM physique et l’activation de l’eSIM avec le forfait associé se font en quelques étapes depuis l’interface web de son compte Sosh. À un moment il faut flasher un code QR avec son iPhone pour achever l’opération. Il n’y a pas d’attente, le transfert est immédiat. Ensuite on peut retirer la SIM de son tiroir — elle ne sert plus à rien — pour mettre celle du second opérateur.

Lorsqu’on utilise deux lignes, on peut simplifier leur identification en les désignant d’un nom distinct, et avec pourquoi pas des emojis de drapeaux. Dans les réglages Données cellulaires on sélectionne la ligne téléphonique à utiliser pour la DATA et celle pour les appels. Dans mon cas, le forfait de Free était associé aux deux. Lorsque vous basculez d’une ligne à l’autre pour la DATA, ça prend une poignée de secondes, l’affichage de l’historique de consommation change dans la foulée.

Utilisation

Pendant la première moitié du séjour j’ai complètement désactivé ma ligne Sosh (depuis les réglages Données cellulaires), pour éviter toute mauvaise surprise. J’avais donné mon numéro Free à deux ou trois proches mais je n’avais pas spécialement besoin de rester joignable par téléphone. Pour quelques-unes de ces personnes proches j’avais aussi modifié dans leur fiche Contact la ligne à utiliser par défaut, si je devais les appeler.

La ligne Sosh complètement désactivée

Lorsqu’on n’a jamais appelé une personne présente dans son carnet d’adresses, iOS va utiliser la ligne sélectionnée par défaut dans les réglages d’iOS. Durant mon déplacement ça aurait été celle de Free. Sinon, pour les contacts réguliers, c’est la dernière ligne utilisée qui est sollicitée. Pour mes contacts fréquents ça aurait été celle de Sosh, synonyme de surcoûts.

Pour chacun de vos contacts vous pouvez sélectionner la ligne à utiliser par défaut pour un appel.
Avant de passer un appel, vous pouvez basculer entre vos deux lignes en touchant le nom de la ligne tout en haut de l’écran.

Au bout de quelques jours j’ai réactivé la ligne Sosh, sans changer les autres réglages, de manière à ce que tout continue de passer par ma ligne Free. Au final, je me suis épargné tout au long du séjour des frais supplémentaires liés à une éventuelle utilisation de mon forfait Sosh.

Le seul mauvais réglage que j’ai fait a été de sélectionner le numéro de Free dans les réglages de Messages et de FaceTime. C’est une nouveauté d’iOS 13, ces deux services peuvent utiliser les deux lignes, au lieu d’imposer le choix d’une seule. Des personnes à qui j’ai envoyé des SMS ou iMessages les ont reçus depuis un numéro qu’elles ne connaissaient pas, ce qui a entrainé un ou deux quiproquos. Il aurait fallu régler ces options sur mon adresse mail iCloud pour que mes messages restent identifiés correctement.

En une semaine, les 20 Go proposés par Free ont été plus que suffisants, je n’ai consommé que 3,1 Go. En sachant que j’avais aussi complètement désactivé les mises à jour automatiques des apps et l’utilisation de la connexion cellulaire pour les transferts de photos vers iCloud.

À l’issue de la semaine, l’app qui a tiré le plus sur la DATA a été Google Maps mais à hauteur de seulement 271 Mo. Les Services systèmes ont été l’autre gros poste de dépenses avec 476 Mo (dont 278 Mo pour iMessages).

Pendant le séjour, l’utilisation de cette ligne supplémentaire n’a posé aucun problème, les débits étaient satisfaisants, la connexion se faisait le plus souvent en 4G, au travers d’AT&T. J’ai prolongé son utilisation pendant quelques jours et il était assez pratique de pouvoir changer d’opérateur en fonction des conditions de connexion de chacun.

Bilan financier

Sosh a un pass USA/Canada à 29 € qui comprend les appels et SMS illimités ainsi que 3 Go de DATA valables un mois (c’est d’ailleurs ce que j’ai pris pour un autre iPhone de la famille). Entre les 10 € de l’activation de l’eSIM, les 20 € du forfait de Free et les 10 € de sa carte SIM, j’ai dépassé de 11 € le coût de ce pass. J’aurais pu m’en tenir à prendre cette option, c’eut été bien plus simple, mais je n’avais aucune idée à l’avance du volume de DATA que je risquais de consommer. Les 25 Go de Free permettaient de ne pas s’en inquiéter.

Le seul réel désagrément a été lors de la résiliation de ce forfait. Il faut appeler l’assistance de Free puis envoyer un courrier en recommandé. C’est plus simple en face. Chez SFR par exemple ça se règle par chat et chez Orange il y a une option dans son compte client. Chez Free Mobile, de toute évidence, l’opération se veut dissuasive.

Stéphane au Japon : Sosh en nano-SIM, Ubigi en eSIM et roaming

Contrairement aux États-Unis qui commencent à se banaliser dans les forfaits à moins de 20 €, le Japon reste absent des abonnements des opérateurs français, même ceux les plus chers. Seule option proposée par les opérateurs hexagonaux, des pass onéreux : Orange/Sosh propose un Pass Evasion comprenant 3 Go + 30 min d’appels + 50 SMS valable un mois pour 29 €.

Lors de mes précédents voyages au Japon, j’avais opté pour le moyen le plus économique à ma connaissance, c’est-à-dire commander en ligne une carte SIM prépayée (sur Amazon.jp, mais il y en a ailleurs) et la faire livrer à mon lieu de villégiature. On trouve actuellement des SIM 10 Go (sans appel ni SMS) valables un mois pour 3 500 ¥, soit 30 €, ou bien valable 15 jours pour 2 800 ¥, soit 24 €.

Une carte SIM prépayée de 10 Go à faire livrer au Japon.

Une nouvelle possibilité s’est ouverte avec l’iPhone XS et son eSIM, celle de souscrire un forfait adapté au Japon sans avoir à réceptionner de carte SIM en plastique. J’écris « un forfait adapté au Japon » et non « un forfait japonais », car les opérateurs japonais ne prennent toujours pas en charge l’eSIM de l’iPhone (mais SoftBank et « au » KDDI ont des offres pour iPad cellulaires, directement accessibles dans les réglages d’iOS quand on est dans l’archipel).

Les opérateurs internationaux, qui commercialisent des offres spécifiques à de nombreux pays, comblent ce vide. Ils se sont d’ailleurs jetés sur l’eSIM de l’iPhone, synonyme pour eux de meilleure accessibilité auprès des utilisateurs. Ubigi, une marque lancée l’année dernière par l’opérateur français virtuel Transatel, m’a proposé de tester son service.

Tarifs

Ubigi est en concurrence directe avec GigSky et Truphone. Ubigi m’a fourni une généreuse enveloppe de 20 Go dans le cadre de cet article, mais les recharges commercialisées ne sont pas aussi riches. Voici les formules dédiées au Japon de la filiale de Transatel et de ses concurrents :

Ubigi :

  • 500 Mo : 4 € (valable 1 jour)
  • 3 Go : 19 € (30 jours)

Truphone :

  • 100 Mo : essai gratuit (30 jours)
  • 300 Mo : 6 € (1 jour)
  • 1 Go : 15 € (30 jours)
  • 3 Go : 42 € (30 jours)

GigSky :

  • 500 Mo : 10 € (1 jour)
  • 1 Go : 15 € (15 jours)
  • 2 Go : 20 € (15 jours)
  • 4 Go : 30 € (15 jours)
  • 8 Go : 50 € (30 jours)

Première constatation, les tarifs des trois opérateurs internationaux sont largement supérieurs à ceux d’une carte SIM prépayée commandée en ligne.

Ubigi

Jacques Bonifay, président du directoire de Transatel, fait valoir que les tarifs d’Ubigi sont plus abordables que ceux de ses concurrents directs — et puis c’est aussi moins cher que le pass de Sosh, mais on n’a ni SMS ni appels. Quant au prix par rapport à la SIM prépayée, il souligne que son offre est sous les 20 €, quand il faut dépenser un peu plus pour l’autre solution (beaucoup plus généreuse en DATA). Même si le prix au Go est largement en faveur de la SIM prépayée, Jacques Bonifay juge son offre suffisamment compétitive.

Souscription

Car l’avantage d’Ubigi par rapport à la SIM prépayée, c’est de pouvoir s’abonner directement depuis son iPhone, sans avoir à réceptionner et insérer une SIM. Cela peut faciliter grandement les choses en fonction de ses moyens sur place et de ses pérégrinations (il y a des pass valables pour plusieurs pays).

Des trois opérateurs internationaux, Ubigi est celui qui a le parcours de souscription le moins simple :

  1. Il faut se rendre sur le site d’Ubigi pour créer un profil en saisissant son prénom, nom, adresse email, pays de résidence et terminal pour lequel l’eSIM est destinée.
  2. On reçoit par email un code QR à scanner avec l’iPhone (pas avec l’app Appareil photo, ça ne donne rien, mais en se rendant dans Réglages > Données cellulaires > Ajouter un forfait cellulaire). Il faut donc ouvrir le mail avec un autre terminal que son iPhone.
  3. L’eSIM est ajoutée, on la configure en suivant la procédure classique. J’ai nommé la ligne « Ubigi » et je l’ai attribuée pour les données cellulaires uniquement. Il faut cocher l’option Données à l’étranger dans les réglages de Données cellulaires si ce n’est pas déjà fait.
  4. En étant connecté au réseau Ubigi, on ouvre l’app Ubigi et on termine l’inscription en entrant son adresse email et en définissant un mot de passe.
  5. Enfin, on achète dans l’app le pack internet de son choix.

La procédure est donc quelque peu alambiquée, surtout quand on la compare à celles de Truphone et GigSky, qui permettent de tout faire depuis leur application respective. Ces deux-là permettent même de payer avec Apple Pay, quand Ubigi s’en remet au paiement par carte classique. Et c’est sans parler du niveau de finition très inférieure de l’app d’Ubigi par rapport aux autres.

Jacques Bonifay reconnait que son expérience utilisateur est moins bonne que la concurrence. Pour se mettre au même niveau, notamment pour la création de l’eSIM directement depuis l’app, il indique qu’il lui faudrait la collaboration d’Apple qu’il n’a pas encore mais qui pourrait venir un jour.

Ubigi…
… et Truphone. L’un est plus soigné que l’autre.

Cette négligence transparait aussi sur le site d’Apple, où seuls GigSky et Truphone sont mentionnés comme opérateurs internationaux compatibles eSIM, ainsi que dans les réglages des iPad cellulaires, où Ubigi ne figure pas dans la liste des opérateurs disponibles.

À défaut d’une inscription simple, le tarif est inférieur chez Ubigi. Sauf à être vraiment dans l’urgence, c’est un inconvénient qui me semble acceptable, même si une meilleure expérience client ne ferait clairement pas de mal.

Utilisation

Comme Florian, j’ai commencé mon séjour en désactivant totalement ma ligne Sosh (présente sur nano-SIM, donc), d’une part pour éviter les frais éventuels, d’autre part parce que je n’avais pas vraiment besoin de rester joignable à ce numéro.

J’ai réactivé ma ligne Sosh au bout de quelques jours pour vérifier si j’avais reçu d’éventuels SMS, en veillant bien à ce que l’eSIM Ubigi reste la ligne dédiée aux données cellulaires (attention à l’option Basculement des données cellulaires dans les réglages). La réception des SMS est le seul service gratuit de Sosh au Japon. L’envoi de SMS coûte 0,28 €/SMS, un appel émis 2,90 €/min, un appel reçu 1,40 €/min, un MMS 1,10 € en envoi et 0,40 € en réception, et internet 13,31 €/Mo. Mieux vaut donc éviter la réception d’appels et de MMS inutiles, et encore plus de télécharger quoi que ce soit avec le forfait Sosh.

La ligne Ubigi (« U ») sur le réseau au, la ligne Sosh (« S ») sur le réseau docomo. Notez les barres de réseau inopérationnelles pour la ligne Ubigi, alors qu’elle est bien connectée.

La plupart du temps ma ligne Sosh est restée désactivée. Je l’ai réactivée ponctuellement, comme lorsqu’il a fallu que je saisisse un second facteur d’identification reçu par SMS pour une opération en ligne importante.

Au vu de mes besoins, la double SIM ne m’était pas indispensable, j’aurais pu jongler comme avant entre une SIM française et une SIM japonaise physiques, la première ne me servant que de manière épisodique. Mais cette intégration m’a apporté un peu de tranquillité d’esprit : pas de risque d’égarer une carte en plastique et possibilité d’activer/désactiver une des lignes à n’importe quel moment très rapidement.

Au Japon, Ubigi exploite le réseau exclusivement 4G d’« au ». La couverture, à Tokyo et dans des régions au nord, était bonne et les débits satisfaisants. Mes différents tests de débit ont donné des résultats entre 10 et 40 Mbit/s. Pas foudroyant, mais suffisant pour la plupart des usages. Jacques Bonifay m’a indiqué que les débits théoriques maximaux au Japon étaient d’environ 70 Mbit/s actuellement et qu’ils seront doublés dans les prochains mois. Chose à savoir, pour activer le partage de connexion (mode modem), il faut renseigner manuellement des informations dans les réglages cellulaires de l’iPhone.

Des tests de débits représentatifs avec Ubigi.

J’ai rencontré deux soucis avec Ubigi, l’un assez anecdotique, l’autre plus embêtant. L’indicateur réseau (les quatre barres verticales en haut de l’écran) est resté inopérant pendant tout mon séjour. Que je sois juste à côté d’une antenne ou que je capte à peine, l’indicateur ne montrait pas la différence. Cela ne m’a pas gêné à vrai dire, mais il est évident que ce problème spécifique au Japon gagnerait à être résolu.

Ce qui m’a plus contrarié, ce sont les pertes de connexion soudaines qui ont duré une poignée de jours pendant l’avant-dernière semaine d’août. Jacques Bonifay m’a confirmé cette panne liée à KDDI (maison mère d’« au ») et m’a affirmé que ce genre d’interruption de service était rare. Les risques de coupure devraient se réduire significativement prochainement, puisqu’en plus du réseau de KDDI, Ubigi va exploiter le réseau de NTT Docomo… qui est devenu au début de l’année sa maison mère.

En ce qui concerne ma consommation de DATA, comme je disposais d’une grosse enveloppe de 20 Go, je n’ai pas été aussi regardant que je l’aurais été avec seulement quelques Go disponibles. J’ai notamment synchronisé en cellulaire sur Lightroom une partie de mes centaines de photos prises lors du voyage. Je n’ai pas non plus été excessif : j’avais téléchargé à l’avance en local des playlists Spotify ainsi que quelques films et séries.

Au total, j’ai utilisé environ 8 Go en trois semaines. La carte SIM prépayée de 10 Go aurait donc pu faire l’affaire. Est-ce que le forfait 3 Go commercialisé par Ubigi aurait pu suffire ? Oui, sans nul doute. J’aurais pu couper le téléchargement cellulaire de Lightroom ainsi que d’autres applications non essentielles, et me reposer plus sur les réseaux Wi-Fi ici et là.

Réglages de données cellulaires et application Ubigi.

Au bout du compte, Ubigi facilite bien l’acquisition et l’utilisation d’un forfait dédié au Japon, mais pas autant que ses concurrents Truphone et GigSky. Ubigi se rattrape avec ses tarifs un peu plus abordables. Notez d’ailleurs que l’iPhone peut stocker plusieurs eSIM, mais ne peut en utiliser qu’une seule à la fois.

Mon expérience aura donc été ternie par un problème de réseau qui, à en croire Ubigi, est rarissime. Ce problème mis à part, j’aurais tendance à conseiller Ubigi pour les courts séjours au Japon, et les cartes SIM prépayées pour les voyages de plusieurs semaines, leur enveloppe de DATA étant bien plus importante et leur coût inférieur. Dans ce cas-là, il faut donc basculer son forfait français sur eSIM si c’est possible… ou bien jongler entre deux cartes SIM, à l’ancienne.

Source https://www.igen.fr/telecoms/2019/09/double-sim-et-esim-sur-iphone-double-experience-letranger-avec-free-mobile-et-ubigi

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